Lors son passage sur le plateau de LEX INSIDE, Olivier Chaduteau, président de DayTwo et auteur de L’impact de l’IA sur les juristes et les avocats d’affaires (LGDJ), a livré une analyse puissante de la révolution en cours. Pour lui, l’intelligence artificielle n’est pas une innovation parmi d’autres : elle constitue une General Purpose Technology, au même titre que l’électricité.
Pour Olivier Chaduteau, l’intelligence artificielle s’inscrit dans la catégorie des General Purpose Technologies, ces technologies capables d’impacter l’ensemble des secteurs économiques. À l’image de l’électricité, elle se diffuse progressivement, devient plus accessible et finit par transformer en profondeur les pratiques professionnelles. Les directions juridiques qui ont commencé à l’utiliser il y a trois ans « ne savent même plus comment elles faisaient avant », souligne-t-il, rappelant que les modèles de langage coûtent aujourd’hui 280 fois moins cher qu’à leur lancement.
Cette transformation technologique modifie également les relations. Le duo historique avocat–juriste, issu de l’inhouse movement, laisse désormais place à un trio structurant : avocat, juriste et IA. Selon Olivier Chaduteau, cette recomposition redéfinit les interactions, les flux de travail et les périmètres d’intervention. Les directions juridiques peuvent réinternaliser une partie des tâches confiées aux cabinets, notamment celles qui représentent aujourd’hui 30 % du budget avocat, soit environ 1,5 milliard d’euros à l’échelle du marché français. De leur côté, les cabinets développent des IA spécialisées par client, accessibles via des extranets intelligents, capables de répondre aux besoins spécifiques de chaque entreprise.
Au cœur de cette mutation, la donnée devient l’actif stratégique central. « Toutes les données de la stratégie de l’entreprise vont passer par la direction juridique », rappelle-t-il. L’IA permet désormais de traiter les 80 % de données non structurées qui échappaient jusqu’ici aux outils traditionnels : contrats, pièces, emails, notes, documents opérationnels. Un contrat n’est plus seulement un objet juridique ; il contient des informations techniques, financières, opérationnelles et personnelles. Cette richesse impose une gouvernance exigeante, fondée sur la fiabilité, la mise à jour et le respect des droits d’usage.
Olivier Chaduteau met également en garde contre une vision réductrice de l’IA. La considérer comme un simple outil de productivité serait une erreur stratégique. « Si vous vous contentez de faire la même chose avec moins de personnes, vous serez écrasés par ceux qui feront plus et mieux avec l’IA », rappelle-t-il en citant Ethan Mollick, professeur à la Wharton School de l'Université de Pennsylvanie.
La productivité n’est qu’un point de départ. Les véritables enjeux résident dans la capacité à absorber le tsunami réglementaire, à anticiper les nouveaux business models et à accélérer l’innovation.
L’intervention se conclut sur une conviction forte : l’IA ne remplace pas les professionnels du droit, elle les augmente. Elle redéfinit les pratiques, redistribue les rôles et ouvre un champ d’innovation inédit. Le juriste et l’avocat de demain seront plus stratèges, plus transversaux et résolument data‑driven.
