Paris

12.3°C
Overcast Clouds Humidity: 87%
Wind: SSW at 0.45 M/S

Caroline André-Hesse : « Le quittoking révèle une nouvelle manière de contester l’entreprise »

Caroline André‑Hesse, avocate associée chez Jeantet, analyse pour Lex Inside le phénomène du quittoking, cette mise en scène de la démission sur TikTok. Entre liberté d’expression, risques réputationnels et mutation sociologique, elle appelle les entreprises à anticiper plutôt qu’à subir.

Le quittoking s’impose comme un marqueur générationnel. Cette pratique, popularisée sur TikTok, consiste pour un salarié à filmer ou publier sa démission sous forme de vidéo courte, de story ou de post viral. « C’est un néologisme né de la contraction de quit et TikTok, une véritable mise en scène de la rupture du contrat de travail », explique Caroline André‑Hesse, avocate associée chez Jeantet.

Né en 2021 au Royaume‑Uni après la démission collective de salariés d’un McDonald’s, le phénomène a rapidement gagné les États‑Unis puis l’Europe. Pour l’avocate, il répond à deux ressorts. D’abord psychologique : afficher publiquement la fin d’une relation de travail ou annoncer un nouveau projet professionnel. Ensuite sociologique : « La génération Z individualise la contestation et tolère moins qu’avant les dysfonctionnements du travail. » Là où les générations précédentes se tournaient vers les représentants du personnel, les plus jeunes utilisent leurs propres canaux d’expression.

Mais cette visibilité numérique n’est pas sans danger. Si la critique de l’entreprise est permise, elle devient sanctionnable lorsqu’elle franchit la limite de la liberté d’expression : propos injurieux, accusations non étayées, mises en cause personnelles. « Une vidéo de douze secondes peut avoir un impact réputationnel colossal », rappelle Caroline André‑Hesse, citant l’exemple du Slip Français, dont l’image avait été fortement dégradée après la diffusion de vidéos internes sur TikTok.

Les employeurs disposent de leviers — signalement auprès des plateformes, actions en référé, demandes de retrait — mais l’avocate souligne les limites d’un cadre juridique incapable de suivre la vitesse de propagation des contenus viraux. « La vraie réponse, c’est l’anticipation », insiste‑t‑elle : chartes d’usage des réseaux sociaux, formation des salariés, veille active et réaction immédiate.

Le quittoking n’est donc pas une simple tendance TikTok. Il révèle une transformation profonde du rapport au travail, de la contestation et de la visibilité individuelle. Un défi que les entreprises doivent désormais intégrer dans leur stratégie sociale.

Image

Actualisé quotidiennement, le Monde du Droit est le magazine privilégié des décideurs juridiques. Interviews exclusives, les décryptages des meilleurs spécialistes, toute l’actualité des entreprises, des cabinets et des institutions, ainsi qu’une veille juridique complète dans différentes thématiques du droit. De nombreux services sont également proposés : annuaire des juristes d’affaires, partenariats de rubriques (affichez votre expertise sur Le Monde du Droit), création d’émissions TV diffusées sur 4Change (Interviews, talkshows, chroniques...), valorisation de vos différentes actions (deals, nominations, études, organisations d’événements, publication de contributions, récompenses, création de votre cabinet...)