Pierrick Le Goff, Directeur Juridique d’Alstom Transport

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pierrick legoffLe Monde du Droit a interrogé Pierrick Le Goff, Directeur Juridique d’Alstom Transport.

Quel est votre parcours ?

Sur le plan formation, mon parcours couvre trois juridictions : Maîtrise et DEA en France, Master et Barreau de New York aux Etats-Unis, Master et Doctorat en Allemagne. 

Sur le plan professionnel, après un début de carrière en cabinet d’avocats d’affaires à Paris, j’ai rejoint Alstom en 1994 en intégrant la Direction Juridique Groupe. J’ai ensuite occupé plusieurs postes dans le Secteur Energie, tout d’abord en Angleterre, puis en Allemagne et enfin en Suisse alémanique. Après 15 années à l’étranger, j’ai opéré un retour sur la France en septembre 2011 pour prendre la direction juridique du Secteur Transport du Groupe.

Comment avez-vous intégré Alstom Transport et pourquoi cette entreprise ?

Il était logique pour mon évolution de carrière de viser la Direction Juridique d’un Secteur du Groupe. Rejoindre Alstom Transport me permettait de découvrir un nouveau domaine et de diversifier mon expertise après plusieurs années d’expérience dans l’énergie.

Pourquoi les grands projets internationaux d’infrastructures ferroviaires ? 

Les infrastructures ferroviaires font partie des axes stratégiques de développement économique et social, surtout dans le contexte actuel où l’urbanisation et le souci de protection de l’environnement doivent cohabiter habilement. Par ailleurs, nos activités offrent une forte diversité car nous couvrons non seulement la grande vitesse (TGV ; AGV) mais également les transports de proximité (métro; tramway), la signalisation, les projets clé en main et les services. Cette diversité se retrouve aussi sur le plan géographique par notre présence dans plus de 70 pays.

Quelles sont vos fonctions au sein d’Alstom Transport ? 

Mes fonctions comprennent le domaine du juridique au sens classique mais également les activités de contract management, la propriété intellectuelle ainsi que l’éthique et la conformité. 

Comment voyez-vous votre rôle ?

Il s’agit d’un rôle à multiple facettes. La gestion des équipes et de leur développement de carrière est une composante primordiale car notre département regroupe 160 professionnels à travers le monde. Mais il y a aussi l’implication opérationnelle sur les dossiers de grande ampleur, l’analyse et la revue des risques, sans oublier la participation au comité de direction ainsi que le rôle de conseil juridique auprès de la présidence du Secteur. La mission de représentation de la fonction ne doit pas être négligée et se manifeste par des activités de conférencier, les contacts avec les facultés de droit, les publications et prises de position dans les associations professionnelles, les consultations sur certaines réformes, tout ceci afin de faire entendre la voix de la fonction juridique d’Alstom Transport dans les cercles du droit.

Comment est organisée la direction juridique ? Comment fonctionne-t-elle ?

La fonction juridique d’Alstom Transport est rattachée au Président du Secteur et est organisée autour de deux grands pôles. Sur le plan opérationnel, nous disposons de directions juridiques dans chacune des principales régions du monde où nous déployons nos activités industrielles et commerciales. Ces directions juridiques régionales rassemblent les juristes contrats ainsi que les contract managers impliqués dans l’exécution des projets. Sur un plan fonctionnel, nous avons des centres d’expertise au niveau du Secteur pour les sujets particulièrement spécialisés tels que les assurances, les contentieux, la contractualisation des relations fournisseurs, le droit de la concurrence ou la propriété intellectuelle.

Vous arrive-t-il d’externaliser certaines fonctions ?

Nous avons recours à des cabinets d’avocats essentiellement pour le suivi des contentieux, les opérations ponctuelles de grande envergure nécessitant des ressources importantes à court terme (fusions acquisitions par exemple) où pour des consultations juridiques pointues. 

Quelles sont les spécificités propres à une entreprise comme Alstom Transport ?

Il y en a de nombreuses et dans des catégories diverses. On pourrait citer l’avance technologique, l’implantation internationale ou le record de vitesse du TGV à 574.8 km/h, mais il faut surtout mettre en avant le nouveau positionnement de notre entreprise : concevoir la fluidité dans les transports, c’est-à-dire dans tous les systèmes que nous concevons et les solutions que nous proposons à nos clients. C’est ce que nous déployons sous l’appellation internationale "Designing Fluidity".

Quels types de contentieux ou de problèmes juridiques avez-vous à y traiter ?

Les contentieux sont ceux que l’on retrouve classiquement dans un groupe industriel avec de fortes activités de projets, rien de véritablement hors norme dans ce domaine. Pour les questions juridiques que nous sommes amenés à traiter, la panoplie est très large car elle reflète la diversité de nos activités. Il y a bien entendu les négociations et montages contractuels des projets mais il y a de nombreux thèmes connexes portant sur la réglementation des appels d’offres publics, les partenariats public-privé, les financements de projets, le droit des sociétés et constitutions de joint-venture, le droit de la construction, le droit de l’environnement, le développement durable, le droit de la concurrence, les transferts de technologie, le droit des marques, entre autres.

Quels grands projets internationaux suivez-vous actuellement ?

L’activité est très soutenue en Europe où nous avons remporté ces derniers mois des contrats significatifs comme la livraison de trains régionaux Coradia en Allemagne et en Suède, la fourniture de rames Euroduplex pour la SNCF, la commande de rames RATP pour la ligne A du RER ou encore la signalisation du métro d’Amsterdam. Mais il y a aussi des projets importants en dehors de l’Europe comme le métro de Lima au Pérou, le tramway de Constantine en Algérie, l’extension du métro de Singapour, pour n’en citer que quelques-uns.

Quelles sont vos perspectives ? 

Ayant pris mes fonctions il y a tout juste un an, mes perspectives sont simples : poursuivre les actions lancées pour favoriser l’évolution de la direction juridique dans un contexte de globalisation et de juridicisation de la vie des affaires. L’impact du juridique a beaucoup évolué dans la dernière décennie, nos juristes et contract managers sont maintenant au cœur de l’activité opérationnelle, pleinement intégrés dans les équipes de négociation et les prises de décision. Ils se concentrent sans relâche sur leur contribution aux objectifs de croissance de notre entreprise. En retour ils ont naturellement des attentes en terme de formation, plan de carrière, visibilité de leur mission, reconnaissance de savoir-faire et positionnement. C’est au regard de ces attentes que je dois envisager mes perspectives.

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