Comexposium : quand la procédure de sauvegarde met en péril la rentrée des exposants

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Le géant français de l’événementiel Comexposium (La Foire de Paris, Le Salon de l'Agriculture, Paris Games Week etc.) s'est lourdement endetté avant la crise du Covid et a été placé sous sauvegarde judiciaire à deux reprises depuis septembre 2020. Les prêteurs du groupe ont déposé une plainte devant un tribunal britannique contre les actionnaires historiques et dénoncent leur refus de partager les informations financières de l’entreprise. Une crise qui pourrait peser à terme sur la qualité et la visibilité des évènements du leader français des salons.

Les conséquences de la pandémie ont été ressenties par tous les acteurs de l’événementiel, qui organisent en temps normal près de 3000 congrès, 1200 salons et 380 000 autres événements chaque année en France. C’est le cas notamment pour le groupe Comexposium, numéro un français et numéro trois mondial de l’événementiel. Fortement endetté, le groupe a été placé sous sauvegarde judiciaire une première fois au mois de septembre 2020. Cette procédure, ayant pour but de protéger une entreprise de ses créanciers en suspendant le paiement de ses dettes pour une période de six mois, a été prorogée pour une nouvelle période de même durée au mois de mars dernier.

Le renouvellement de la procédure de sauvegarde est donc l'occasion pour Comexposium de mettre en place un plan de restructuration permettant à l’entreprise de repousser l’épuration de ses dettes (580 millions d'euros) et ses engagements de paiement pour les acquisitions qu’il avait déjà annoncées en 2019 (rachat du groupe Europa pour 220 millions, complété de plusieurs autres acquisitions pour environ 80 millions d’euros). Mais sur le volet de l'emploi, ce sont déjà 135 postes sur 400 qui doivent être supprimés au sein du groupe depuis le début de la crise.

Les prêteurs dénoncent une rétention d'information de la part des actionnaires

Dans le cadre de cette restructuration, les prêteurs du groupe proposent d'apporter 175 millions d’euros d’argent frais et de convertir une partie de la dette en actions pour initier la relance sur des bases saines. Mais c’est sans compter sur la résistance de deux de ses actionnaires, Predica et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris (CCIP), qui s’opposent au plan de relance et souhaitent renouveler, une fois de plus, la sauvegarde en septembre 2021 en attendant que la situation s'améliore. D’après les prêteurs, ces derniers refuseraient dorénavant de discuter, rendant la situation intenable.

Le contrat de prêt initial, qui lie le pool de prêteurs historique au groupe Comexposium, étant régi par le droit britannique (traditionnellement utilisé pour les contrats de prêt aux entreprises européennes, y compris les prêteurs internationaux), deux créanciers ont décidé d’entamer une procédure judiciaire devant les juridictions anglaises. Les fonds Strategic Value Partners et Attestor Capital invoquent le fait que le droit anglais impose, dans le cadre de tels accords, de leur partager les informations financières, ce que les actionnaires refusent, prétextant que la sauvegarde rend les effets du contrat nuls et non avenus.

Jusqu'où le renouvellement de la procédure peut-il impacter l'emploi et les exposants ?

« Il y a aujourd’hui une jurisprudence qui souligne le fait que la sauvegarde suspend les obligations de paiement, mais que le contrat reste en l’état », souligne pourtant un avocat spécialisé.

L'issue de cette affaire pourrait créer non seulement un précédent sur la manière dont le droit anglais s'applique aux entreprises qui cherchent à se protéger des créanciers dans leur pays d'origine mais par ricochet mettre en péril l'intérêt social de Comexposium, c'est-à-dire à la fois ses salariés et ses clients : les exposants. Un mauvais redémarrage impactera forcément la qualité et la promotion de ses événements sur lesquels comptent pourtant nombre d’exposants contraints aux salons et conférences virtuelles depuis bientôt 18 mois.

Face à cette réalité, le refus de la CCIP et de Predica d’accepter ce renflouement de 175 millions s'expliquerait-il par le fait qu'ils redoutent une perte de contrôle de l’entreprise ? En tout état de cause, un proche du dossier confie qu’« une procédure de sauvegarde, si elle doit certes se conclure par un report des échéances de crédit, ne résoudra pas les problèmes de cash de l’entreprise ».

Doriane de Lestrange, ancienne avocate devenue journaliste

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