La Legaltech, pour quoi faire ?

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Martin Bussy, CEO de Legal Innovation, nous apporte son éclairage et son avis sur le sujet des Legaltech et leur développement en France.

La Legaltech est un mot passé dans le langage courant des avocats et des juristes. Tellement courant qu’il remplace tous les autres termes simples et précis que nous utilisions avant, comme logiciel, informatique, Internet ou numérique. Comment appréhender cette notion un peu floue ? Faut-il s’en saisir ou au contraire s’en défier ? Comment se l’approprier au sein du cabinet ou de la direction juridique ? Pour comprendre les enjeux de la Legaltech, revenons d’abord sur son histoire et voyons comment elle s’inscrit dans une vision stratégique plus large.

La Legaltech, où en est-on ?

La Legaltech fait référence à l’usage de la technologie et de logiciels pour offrir des services juridiques, notamment aux startups qui modifient la pratique traditionnelle du droit (Wikipedia). Certaines d’entre elles apportent de la valeur aux avocats et juristes directement ; d’autres s’adressent à des publics que ne sollicitent pas les avocats ; d’autres encore tentent de bâtir des plateformes de mise en relation avocats – clients, avec les questions que cela pose.

Le secteur a réellement émergé dans les années 2005 aux États-Unis et 2014 en France. Comme souvent avec l’apparition de nouvelles solutions, il y a eu d’abord une période de mépris et d’ignorance. A partir de 2016, le discours évolue, les acteurs se multiplient, les levées de fonds arrivent. S’ensuit une phase euphorisante où de nombreux nouveaux entrants apparaissent, d’ex-avocats se lancent. 

Il y aurait actuellement 200 sociétés œuvrant dans le secteur, incluant la Regtech (lié au secteur de la conformité), dont beaucoup sont à l’état de développement produit, et quelques dizaines solides et en forte croissance. Par son dynamisme, sa créativité, ses levées de fonds et maintenant, son chiffre d’affaire, le secteur confirme sa solidité et sa proposition de valeur. Il est désormais incontournable.

Reste que de nombreux professionnels du droit continuent de se poser une question importante : la Legaltech, pour quoi faire ? Cette question de bon sens est essentielle. Aucune solution, aussi pertinente soit-elle, n’apporte de valeur à quelqu'un qui n’a pas de problème ni d’interrogation. On ne répond qu’à des questions que l’on se pose !

C’est pourquoi notre conseil à tous ceux qui s’interrogent et s’intéressent à ces sujets est de revenir aux fondamentaux. En avez-vous besoin ? Est-ce que l’innovation peut permettre à votre activité de se développer, se simplifier ? En résumé, les solutions innovantes proposées par la Legaltech doivent répondre à votre vision stratégique. 

Quelle stratégie pour mon cabinet ?

Bâtir une vision stratégique est un processus difficile, exigeant et empreint de méthode. Le résultat est un actif immatériel éminemment structurant pour le cabinet ou la direction juridique car il éclaire toutes les décisions pour l’avenir : quel choix de croissance, quelle politique de recrutement, quelle association… Cette clarification stratégique est indispensable pour percevoir la valeur des legaltech.

L’élaboration d’une vision stratégique implique ensuite la réalisation d’un plan de transformation, avec plan d’action, calendrier et ressources. A-t-on besoin de davantage de transversalité ? de mobilité ? De gains de productivité ? Veut-on remettre en cause son modèle d’affaire ? S’internationaliser ? Gagner des clients ? Augmenter sa marge ?

En effet, à toutes ces questions, les acteurs de la Legaltech peuvent apporter des solutions qui seront pertinentes pour les uns et inutiles pour les autres. Une solution de recherche d’information permettra des gains de productivité et de pertinence, une solution de gestion en cloud facilitera la mobilité des avocats et l’échange d’information avec les clients, une solution de signature électronique conforme aux normes RGPD est une vraie solution pour les clients… Si et seulement si vous avez identifié un besoin dans ces domaines-là !

Pour exploiter au mieux la valeur des legaltech, seule une méthode solide permettra d’identifier ses besoins et la direction dans laquelle on va. 

Celle-ci peut se schématiser de la façon suivante : 

  • Audit de l’existant
  • Interview des parties prenantes (individuels ou sous forme d’ateliers)
  • Analyse et mise en perspective
  • Réflexion et orientations stratégiques
  • Feuille de route / Plan de transformation 
  • Rédaction des appels d’offre
  • Sélection des solutions innovantes
  • Suivi dans le temps à l’aide d’indicateurs de pilotage

On le voit, la sélection du bon outil intervient à l’issue d’un processus de réflexion et de concertation important, qu’il faut respecter si l’on veut faire un choix éclairé, pérenne et accepté de tous. Il peut être rapide, si un certain nombre d’étapes sont déjà entamées ou réalisées. Mais n’oublions pas qu’une nouvelle solution à déployer, c’est un projet à piloter. Et pour cela, il est bien plus économique d’être accompagné.

Martin Bussy, CEO de Legal Innovation

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