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Éric Le Forestier, Président de l’ACPI : « Notre apport continuera d’exister à côté de la machine »

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Mercredi 2 octobre 2019 se sont tenues les Matinales de l’ACPI (association des conseils en propriété industrielle) sur le thème du numérique et de l’IA : quelles opportunités et quels risques pour les professions du droit et du chiffre ? Nous avons interrogé à ce sujet le Président de l’ACPI Éric Le Forestier.

Pourquoi avoir organisé cet événement et pourquoi ce sujet du numérique et de l’IA ?

Nous voulions initialement aborder la question du numérique sous un angle resserré, en se fixant par exemple sur l’administration de la preuve et la blockchain, les smart contracts, etc. autant de sujets intéressants.

Puis nous avons souhaité aller plus loin, tenter d’avoir une image un peu plus large des professions libérales, en particulier du droit et du chiffre, face à ce que j’appelle ce tsunami numérique où tout va extrêmement vite et où des concurrences apparaissent là où on ne pouvait même pas les deviner deux ou trois ans auparavant.

Nous avons pensé que c’était une opportunité pour chaque profession de partager son expérience, ses actions, ses initiatives en la matière. On peut parler de ce que font les huissiers de justice lorsqu’ils cherchent à investir dans des startups qui touchent directement leur activité. On peut parler des initiatives du Conseil national des barreaux. Il se passe beaucoup de choses. Les notaires ont également innové. L’idée est de mettre tout cela en commun, en discuter, dans la perspective d’apprendre des autres puis éventuellement décider d’actions communes pour l’avenir.

Nous avons vu lors des échanges que l’État se préoccupait assez peu de nous. C’est peut-être l’occasion de se rapprocher afin d’obtenir, par exemple, une instance interministérielle qui s’intéresserait davantage à nous et qui pourrait considérer qu’à côté des startups complètement libres, nos contraintes réglementaires, nos contraintes déontologiques ont une raison d’être, un sens, qu’elles ne doivent pas disparaître mais être préservées face à la grande liberté du numérique, afin que nous puissions trouver une place dans tout cela.

Et concernant plus particulièrement les conseillers en propriété industrielle, quel est d’après vous l’impact du numérique et de l’intelligence artificielle ?

Le premier phénomène à relever est l’apparition de plateformes proposant, en intermédiation entre les clients et nos services, des facilités aux utilisateurs.

Ce n’est pas critiquable en soi. Mais le problème est que ces plateformes peuvent prendre la main sur des compétences, du savoir, des données de business, éventuellement des secrets d’affaires, que l’on ne souhaite pas ouvrir à tout le monde. Et on risque demain de dépendre entièrement de ces plateformes...

Sur l’intelligence artificielle, il existe deux sujets majeurs. Le premier est que l’IA peut réaliser des inventions… Se pose alors la question juridique de qui est l’inventeur. Il s’agit en principe d’une personne physique, alors comment faire ?

Le second sujet est comment, eu égard au nombre considérable de nouveaux brevets qui sont déposés chaque année – entre deux et trois millions – l’intelligence artificielle peut nous aider à traiter cette masse d’informations, à rendre des opinions, à trouver les documents les plus pertinents… Cet aspect est en construction. Des outils existent mais ce n’est pas encore maîtrisé. Certains d’ailleurs considèrent ces avancées technologiques, de manière un peu effrayée, comme une concurrence. Mais pour nous, c’est avant tout quelque chose qui peut nous aider si l’on apprend à s’en servir et si l’on parvient à faire évoluer nos prestations en conséquence. Notre apport continuera d’exister à côté de la machine. Et c’est à nous de le mettre en valeur.

Pour finir, êtes-vous satisfait des échanges qui ont eu lieu ce matin ?

Pleinement satisfait ! Nous n’avons pas souvent l’occasion d’échanger sur ces sujets avec d’autres professions. Donc c’est un peu une première. Et j’espère qu’elle se renouvellera sous des formes semblables ou d’autres formes, pour aller un peu plus dans le concret sur des sujets que l’on traitera.

Propos recueillis par Hugues Robert (@HuguesRob)