Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a adressé jeudi soir un courrier aux agents du ministère pour leur annoncer des arbitrages budgétaires « historiques » obtenus pour l’année 2027. Dans un contexte où les finances publiques sont soumises à une contrainte exceptionnelle, la justice devient l’un des rares ministères à bénéficier d’une hausse significative de ses moyens. « Le budget du ministère de la Justice représente donc une exception remarquable », écrit le ministre.
Un budget inédit de 11 milliards d’euros
Le budget prévisionnel pour 2027 atteindra 11 milliards d’euros, soit 460 millions d’euros de plus qu’en 2026. Une progression bien supérieure à celle prévue par la loi de programmation de la justice, que Gérald Darmanin qualifie de « budget le plus important jamais porté par la Chancellerie ». Cette enveloppe traduit un choix politique assumé : préserver et renforcer les moyens de la justice malgré l’effort national de redressement des comptes publics.
1 400 créations de postes, dont 287 magistrats
Le ministre annonce également la création de 1 400 emplois supplémentaires. L’administration pénitentiaire bénéficiera de 680 postes, tandis que les services judiciaires en recevront 620, dont 287 magistrats. La protection judiciaire de la jeunesse sera renforcée par 50 nouveaux postes, et, pour la première fois, 50 emplois seront dédiés aux services numériques. La protection des mineurs reste un axe prioritaire, avec l’objectif d’atteindre 100 magistrats spécialisés supplémentaires par rapport à 2024.
Mesures indemnitaires
Plusieurs mesures indemnitaires sont détaillées dans le courrier. Les surveillants pénitentiaires percevront désormais une prime d’encombrement de 300 euros par an, une reconnaissance directe des conditions de travail dans des établissements qui accueillent près de 90 000 détenus. Les personnels administratifs et techniques bénéficieront de 5 millions d’euros de mesures catégorielles. Les magistrats du parquet verront leurs indemnités d’astreinte déplafonnées et revalorisées, afin de mieux compenser des astreintes « que rien ne compense vraiment ».
Accélération des chantiers immobiliers
Le budget permettra de lancer toutes les prisons modulaires de semi-liberté programmées, ainsi que les premiers quartiers pour peines courtes, présentés comme une nouvelle manière de concevoir la détention, plus efficace et deux fois moins coûteuse. Les rénovations de tribunaux se poursuivront, et des salles d’audience sécurisées seront créées à Paris et Aix pour accueillir les grands procès. Le déploiement des quartiers de lutte contre la criminalité organisée continuera, après les résultats obtenus à Vendin-le-Vieil et Alençon-Condé-sur-Sarthe.
Un effort sur le numérique : 70 M€ sur deux ans
Le ministre confirme un investissement « de rupture » dans le numérique. Au total, 70 millions d’euros seront mobilisés sur 2026 et 2027. Le plan Zéro Papier sera lancé dès cette année, avec le recrutement de 35 experts numériques et le déploiement de 2 000 mois de vacataires pour numériser massivement les dossiers. La procédure pénale numérique sera étendue aux flux criminels et aux courriers reçus dans les parquets. Une plateforme de scellés numériques multimédias sera créée pour faciliter les échanges entre juridictions. La généralisation de la GED civile et du minutier électronique civil sera accélérée, afin de permettre un usage plus large de l’intelligence artificielle dans l’aide à la décision. Le Portail du justiciable, ouvert fin 2026, verra ses fonctionnalités enrichies.
Outre-mer : un « Pacte Justice »
Dans les outre-mer, un « Pacte Justice » permettra d’adapter la gestion des personnels et de renforcer les moyens. Le tribunal de plein exercice de Saint-Martin ouvrira, accompagné d’une nouvelle maison d’arrêt. À La Réunion, le tribunal de proximité de Saint-Benoît sera livré, ainsi qu’un quartier de semi-liberté au Port. Un établissement pénitentiaire de 250 places sera lancé à Mayotte, tandis que la sécurité de la prison de Majicavo sera renforcée. Des études préalables seront menées pour une nouvelle prison en Nouvelle-Calédonie.
Protection judiciaire de la jeunesse : montée en puissance
La protection judiciaire de la jeunesse bénéficiera de 50 postes supplémentaires pour renforcer le milieu ouvert, développer des hébergements sécurisés adaptés à la criminalité organisée et lutter contre le proxénétisme. Le budget accompagnera également la mise en œuvre des nouvelles réformes, notamment la présence obligatoire de l’avocat aux côtés des mineurs en assistance éducative et le développement des évaluations pluridisciplinaires.
Arnaud Dumourier
