À l’appel du Conseil national des barreaux (CNB), plusieurs centaines d’avocats se sont rassemblés lundi 13 avril à Paris, à quelques mètres du Sénat où doit être examiné le projet de loi sur la justice criminelle porté par Gérald Darmanin. Au cœur des critiques : l’instauration d’un « plaider-coupable » criminel, présentée par le gouvernement comme un moyen de réduire les délais de jugement, mais jugée dangereuse par la profession.
« Une réforme logistique qui va nuire à la qualité de la justice »
Pour Julie Couturier, présidente du CNB, cette réforme repose sur une promesse illusoire. « Nous savons bien que cette promesse d’une sanction utile, rapide et efficace ne sera pas tenue avec ce texte. Pour dénoncer cette mystification, nous sommes là pour dire que cette énième réforme, qui promet monts et merveilles, n’atteindra pas son but. Et cela pour une raison simple : nous sommes dans la gestion des flux. C’est une réforme logistique qui va nuire incontestablement à la qualité de la justice », a-t-elle déclaré devant la foule.

« Une rupture majeure inacceptable »
Christophe Bayle, président de la Conférence des bâtonniers, a salué « les avocats de France venus en masse défendre les valeurs de la République », avant de dénoncer un projet de loi « faussement intitulé sur le respect des victimes ».
Il a appelé, comme l’ensemble des organisations représentatives, au retrait pur et simple du texte : « Une procédure de jugement des crimes reconnus constitue en effet une rupture majeure inacceptable, car en supprimant le procès d’assises, on écarte les jurys populaires ainsi que les débats publics sur la preuve, la personnalité et la peine. Elle transforme le jugement des crimes en justice soi-disant négociée, mais en réalité totalement expéditive, et cela nous ne pouvons pas l’accepter. Comment imaginer que les infractions les plus graves, à savoir les crimes, soient jugées en catimini ? »

« Nous ne serons jamais réduits au silence »
Le bâtonnier de Paris, Louis Degos, a rappelé que la mobilisation vise à défendre les droits fondamentaux des justiciables et des victimes. « Les avocats de France sont en grève pour protéger l’essentiel. Nous pensons aux justiciables, aux victimes, à celles et ceux qui ont besoin de leurs défenseurs et des magistrats. Après le procès Pelicot, comment imaginer que les victimes de crimes sexuels se contenteront d’un plaider-coupable, de ses représentants de la société, de ses crimes et de ses douleurs ? »

Il a conclu sur un message de détermination : « Nous sommes, nous avocats, les gardiens de cette parole, solidaires partout dans le pays. Nous ne serons jamais réduits au silence. Nous continuerons à plaider et à militer. »
Arnaud Dumourier
