UTILISATION DES COOKIES : en poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer une navigation personnalisée, des publicités adaptées à vos centres d’intérêts et la réalisation de statistiques. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici 

Australie aux antipodes, un cabinet d’avocats coté en bourse

Vie des cabinets
Outils
TAILLE DU TEXTE

L’Australie est très loin de la France et pas seulement en kilomètres. Le magazine britannique, The Lawyer, a consacré la semaine dernière un article au cabinet d’avocats australien, Slater & Gordon, qui est (à notre connaissance) le seul cabinet d’avocats du monde à être coté en bourse. L’information méritait d’être relevée d’autant plus que Slater & Gordon, firme créée à Melbourne en 1935 forte d’un effectif de plus de 400 personnes, est un acteur majeur du paysage juridique australien. 

Alors qu’en France, que la loi du 31 décembre 1990 élargissait les possibilités de l’exercice en groupe du métier d’avocat avec l’instauration des SELARL, SELAFA et autres SELAS, elle limitait aussitôt l’impact de cette liberté en fixant des conditions rigoureuses de détention du capital de ces nouvelles structures. Difficile, donc, d’imaginer un appel public à l’épargne qui ne pourrait être souscrit que par des avocats ! Les Australiens ne se sont pas encombrés des mêmes considérations et la quasitotalité des états australiens ont adopté des dispositions qui permettent l’introduction en bourse des cabinets d’avocats.

Triple impact : comptabilité, croissance externe et ressources humaines

Il est intéressant de noter que le contentieux est l’activité dominante de ce cabinet et que, dans un système axé sur l’honoraire de résultat, les fonds levés sur les marchés permettent de mieux couvrir le " besoin en fonds de roulement " (estimé pour Slater & Gordon à environ 45 millions €) d’une activité dans laquelle l’avocat fait l’avance de son temps ainsi que de nombreux frais.

Le cabinet Slater & Gordon avait une politique ambitieuse de croissance même avant son introduction sur le marché. Depuis que le cabinet est en bourse, il a procédé à cinq acquisitions de cabinets d’avocats et a ouvert plusieurs bureaux dans différentes provinces du continent australien, portant leur nombre à 24.

L’introduction en bourse a aussi permis de mettre en place un système de stockoptions qui a été ouvert à plus de 40 membres du personnel et qui est maintenant pleinement intégré dans la politique RH de la firme comme un élément du plan de progression des carrières.

Priorité aux actionnaires ou aux clients ?

Pour défendre son choix, Slater & Gordon met en avant les bienfaits de la transparence qui résultent de la cotation. En effet, à la différence de ses concurrents, la situation financière de la firme est maintenant connue de tous, dans ses moindres détails. De même, les processus de décision – qui manquent souvent de lisibilité dans de nombreux cabinets – sont également clarifiés. Un conseil d’administration de cinq membres a été mis en place composé de trois membres exécutifs, avocats de la firme, et de deux administrateurs indépendants qui n’ont aucun lien avec la structure.

En dépit des vertus de la transparence, de nombreux commentateurs ont soulevé le risque des conflits pouvant exister entre l’intérêt des actionnaires et celui des clients. Slater & Gordon soutient que, sur ce point, il n’y a pas de différences entre un cabinet d’avocats et une autre activité. Toutes les sociétés doivent gérer leurs multiples responsabilités et devoirs tant à l’égard de leurs clients, que de leurs associés ou partenaires ou encore de leurs salariés ou de la communauté au sens large.

Dans le cadre de sa démarche, Slater & Gordon a toutefois proposé de hiérarchiser ses priorités de manière formelle et publique : les avocats ont d’abord des devoirs vis-à-vis des juridictions et ensuite vis-à-vis de leurs clients. Les obligations à l’égard des actionnaires de la firme ou de leurs associés viennent après. Tout en approuvant que les priorités apparaissent dans cet ordre, on peut se demander si la transparence des comptes et l’augmentation du nombre de ceux à qui il faut rendre des comptes, n’augmente pas le risque de situations potentiellement conflictuelles.