Lettre ouverte de Valérie Lasserre à la Présidence de la République

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Valérie Lasserre, Professeur agrégé de Droit, compte parmi les 362 intellectuels ayant appelé à voter pour François Hollande en mai 2012. Dans une lettre ouverte, elle s'est adressée au Président élu pour le mettre en garde face aux dangers que l'actuel projet de réforme de l'Université fait planer sur celle-ci.

Université : l'annonce du désastre

Monsieur le Président de la République, n'abandonnez pas l'Université au néolibéralisme et au scientisme.

La nouvelle architecture de l'Enseignement supérieur et de la recherche émanant du projet de loi repose sur deux erreurs. La première est l'illusion de devoir respecter les diktats du classement de Shanghai pour les universités. La seconde est de croire que seuls les savoirs brevetables méritent une attention particulière.

D'une part, ce classement d'esprit néolibéral est privé tant de valeur scientifique que de légitimité démocratique. Il repose de plus sur des critères qui sont propres aux sciences dites dures (nombre de prix Nobel par exemple). La volonté d'y gagner des rangs doit donc être mise en doute. En tous cas, elle ne devrait justifier ni la baisse de niveau qui risque de résulter d'une licence polyvalente, ni la planification régionale forcée de l'enseignement et de la recherche.

L'américanisation de l'université française (avec des collèges) sans les moyens financiers existant Outre-Atlantique est pure chimère. Quant aux communautés d'établissements, elles sont aussi synonymes de technocratisation des procédures, de centralisation des décisions, de banalisation des diplômes et de surcoût des modes de fonctionnement.

D'autre part, en se focalisant sur les sciences et les techniques capables de soutenir l'innovation industrielle, le projet sacrifie les sciences humaines et sociales et les humanités, méconnaît leur rôle dans tous les secteurs de la société (notamment dans l'entreprise) et ignore qu'elles sont fondamentales pour garantir la démocratie et le prestige culturel de la France.

La marginalisation de certains savoirs est fortement symbolisée par l'article 37 du projet qui n'impose plus que tous les grands secteurs de formation soient représentés dans les différents conseils institutionnels alors qu'il s'agit d'une ancienne coutume qui reste une condition sine qua non de la bonne gouvernance et de la démocratie universitaires.

La communauté des enseignants chercheurs compte sur votre engagement en faveur des libertés universitaires, seules capables d'assurer la réussite des étudiants et de notre pays.

 

Valérie Lasserre, Professeur de droit à l'Université du Maine.

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