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Mercredi 29 mars 2017

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Développement des plateformes : quelle attitude face aux nouveaux acteurs ?

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digitalLes legaltechs s’imposent dans le paysage juridique, bousculant les pratiques des avocats dans l’exercice de leur profession, mais aussi dans leurs relations avec leurs clients. Quelle attitude convient-il d’avoir face à ces nouveaux acteurs ? 

Melik Boudemagh, Blandine Jugé, Sophie Clanchet, Stéphane Larrière, Mathieu Davy sont intervenus, le 2 février 2017, à la Journée de l’Innovation du Droit et du Chiffre (Jinov), lors de l’atelier "Développement des plateformes : quelle(s) attitude(s) face aux nouveaux acteurs?". Ces acteurs du droit, nous parlent de leur expérience réelle, des bienfaits et des problématiques posées par ces nouveaux acteurs que sont les legaltechs.

Evolution technologique ou révolution technologique ? 

En dix ans, la technologie a évolué et est devenue plus pertinente, notamment grâce à la téléphonie mobile. Stéphane Larrière, directeur juridique chez Atos et auteur du blog "la loi des parties", souligne notamment que "dans un smartphone, il y a autant de technologies que dans le premier voyage qu’on a fait sur la lune, autant de capacités technologiques". Il ne s’agit en rien d’une révolution technologique à ses yeux, contrairement à ce qu’il lit et entend. Il estime en effet que "nous sommes dans une évolution technologique qui poursuit son cours en venant nous doter de nouvelles fonctionnalités, plus ou moins riches".

Aujourd’hui, chacun d’entre nous peut être acteur sur internet et les réseaux sociaux, qui sont devenus incontournables pour faire du business. Le client googlise en effet la personne avec laquelle il a envie de travailler. Une sorte d’ubérisation, se crée, c’est-à-dire une émergence d’acteurs sélectionnant les avocats et qui opèrent une désintermédiation entre les avocats et les clients. Le simple fait d’avoir un site internet sur le réseau est figé, alors que la plateforme est dynamique et créative de valeurs. "Je viens chercher l’avis du consommateur lambda sur tel avocat et cet avis peut évoluer".

Les clients grands comptes ont déjà vécu les transformations digitales, sur la paie, la comptabilité, sur tous les médias. Melik Boudemagh, président & co-Fondateur de Contracteo estime que "le risque est que les clients se disent ‘je vais me diriger directement vers la technologie sans l’intermédiation de l’avocat’"

Les éditeurs juridiques se positionnent sur le marché des legatechs

Le marché de la legaltech et des start-up du droit a interpelé le groupe Editions Lefebvre Sarrut (ELS), premier éditeur juridique en France et second en Europe, qui a annoncé la réalisation d’une joint-venture avec Rocket Lawyer. Ayant souhaité se lancer très rapidement, le groupe a considéré qu’il y aurait eu une perte de temps significative en créant lui-même sa propre plateforme et que de nombreuses legaltechs concurrentes seraient crées d’ici trois ans.
Blandine Jugé, chef de projets chez Rocket Lawyer Europe souligne que "la volonté du groupe et des dirigeants était d’avoir cette agilité propre à la start-up et de mettre Rocket Lawyer France dans des conditions permettant de prendre des décisions rapidement, avec une souplesse qui n’est pas toujours possible dans une entreprise très hiérarchisée". L’équipe est composée d’anciens collaborateurs d’ELS, mais également de nouveaux entrants. 
Le business model de Rocket Lawyer, ainsi que sa capacité, de par sa plateforme, d’une duplication très rapide sur plusieurs pays en Europe a séduit ELS. Blandine Jugé estime en effet que "l’enjeu des start-up est de réussir à se dupliquer localement rapidement, tout en garantissant une plateforme qui fonctionne".
Concernant le choix d’une plateforme américaine par ELS, Melik Boudemagh, rappelle qu’une plateforme d’intermédiation est beaucoup plus simple à mettre en place aux Etats-Unis où les avocats vendent leurs prestations de manière active. L’approche de la vente de la prestation juridique est différente et la culture des avocats est plus intégrante. 

Des plateformes prenant également la forme d’applications de mises en relation avocats / clients

Avocat depuis une quinzaine d’années, spécialisé notamment dans les nouvelles technologies, Mathieu Davy est le fondateur de "Call A Lawyer". Il a créé la première application française de mise en relation avec un client, permettant d’obtenir rapidement un premier contact téléphonique avec un avocat spécialisé. Son offre d’appel "20 minutes, 20 euros" vise par exemple à permettre à ce qu’un salarié, convoqué le lendemain à un entretien disciplinaire, puisse bénéficier d’un premier conseil de qualité instantanément. L’apporteur d’affaires garde trois euros sur les 20 euros payés par le client. 
Mathieu Davy estime que son offre permet d’offrir un service public du conseil au particulier, à des gens n’ayant pas d’avocat, pas les moyens ou qui sont dissuadés d’y faire appel. Il précise que l’avocat n’est pas ubérisé et que le taux horaire est affiché. Il ne s’agit donc pas à ses yeux d’une offre low cost car le taux horaire est respecté. "La personne devient le client de l’avocat dans environ 25 % des cas".
Il précise qu’il est normal d’avoir ce prix d’appel qui constitue un filtre, parce que si c’était gratuit, il y aurait trop de demandes et il serait alors impossible de gérer le flux. A contrario, si l’offre était trop chère, cette mission de service public serait un échec. Par ailleurs, l’avocat est connecté en fonction de sa disponibilité.

Des professionnels du droit qui collaborent avec des Legaltechs

Sophie Clanchet est la présidente d’Eurojuris France, réseau pluri-professionnel, comprenant plus de 120 cabinets d’avocats et 52 études d’huissiers. Le réseau a conclu des partenariats avec deux start-ups du droit, lui permettant notamment d’avoir une démarche de co-construction en développant des outils interprofessionnels. Ces partenariats ont été initiés après avoir constaté que ces start-up répondaient à une demande à laquelle les cabinets d’avocats ne pouvaient pas répondre pour des raisons économiques. Elles recherchaient des avocats pour traiter la partie "conseil à plus-value".
La première start-up retenue pour un partenariat a été Legalstart, proposant des produits à destination des TPE/PME, notamment des statuts en ligne, des fiches de paie, c’est-à-dire des produits relativement courants. Legalstart recherchait un réseau d’avocats et d’huissiers pour traiter de la partie recouvrement, ainsi que de la partie conseil.
EuroJuris a, par ailleurs, décidé de s’associer avec la plateforme eJust, proposant de l’arbitrage privé en ligne. Il est chargé de fournir les arbitres et les huissiers rédigent les décisions.
Sophie Clanchet souligne que "ces partenariats ont été accueillis de manière positive à l’unanimité par tous les cabinets, en province et à Paris". Eurojuris est actuellement en discussion avec d’autres start-up pour continuer à apporter cette partie prestation de conseil recherchée par la plupart d’entre elles ne pouvant proposer que des produits standardisés aux clients.

JINOV2017 plateformes

De gauche à droite : Blandine Jugé, Stéphane Larrière, Sophie Clanchet,  Mathieu Davy et  Melik Boudemagh 

Aurélia Gervais

Développement des plateformes : quelle attitude face aux nouveaux acteurs ?

 

Les legaltechs s’imposent sur dans le paysage juridique, bousculant les pratiques des avocats dans l’exercice de leur profession, mais aussi dans leurs relations avec leurs clients.

Quelle attitude convient-il d’avoir face aux nouveaux acteurs ?

Melik Boudemagh, Blandine Jugé, Sophie Clanchet, Stéphane Larrière, Mathieu Davy sont intervenus, le 2 février 2017, à la Journée de l’Innovation du Droit et du Chiffre (Jinov), en participant à l’atelier "Développement des plateformes : quelle(s) attitude(s) face aux nouveaux acteurs?". Ces acteurs du droit, nous parlent de leur expérience réelle, des bienfaits et des problématiques posées par ces nouveaux acteurs que sont les legaltechs.

Evolution technologique ou révolution technologique ?


En dix ans, la technologie a évolué et est devenue plus pertinente, notamment grâce à la téléphonie mobile. Stéphane Larrière, directeur juridique chez Atos et auteur du blog "la loi des parties", souligne notamment que "dans un smartphone, il y a autant de technologies que dans le premier voyage qu’on a fait sur la lune, autant de capacités technologiques". Il ne s’agit en rien d’une révolution technologique à ses yeux, contrairement à ce qu’il lit et entend. Il estime en effet que "nous sommes dans une évolution technologique qui poursuit son cours en venant nous doter de nouvelles fonctionnalités, plus ou moins riches".

Aujourd’hui, chacun d’entre nous peut être acteur sur internet et les réseaux sociaux, qui sont devenus incontournables pour faire du business. Le client googlise en effet la personne avec laquelle il a envie de travailler. Une sorte d’ubérisation, se crée, c’est-à-dire une émergence d’acteurs sélectionnant les avocats et qui opèrent une désintermédiation entre les avocats et les clients. Le simple fait d’avoir un site internet sur le réseau est figé, alors que la plateforme est dynamique et créative de valeurs. "Je viens chercher l’avis du consommateur lambda sur tel avocat et cet avis peut évoluer".

Les clients grands comptes ont déjà vécu les transformations digitales, sur la paie, la comptabilité, sur tous les médias. Melik Boudemagh, président & co-Fondateur de Contracteo estime que "le risque est que les clients se disent ‘je vais me diriger directement vers la technologie sans l’intermédiation de l’avocat’".

Les éditeurs juridiques se positionnent sur le marché des legatechs

Le marché de la legaltech et des start-up du droit a interpelé le groupe Editions Lefebvre Sarrut (ELS), premier éditeur juridique en France et second en Europe, qui a annoncé la réalisation d’une joint-venture avec Rocket Lawyer. Ayant souhaité se lancer très rapidement, le groupe a considéré qu’il y aurait eu une perte de temps significative en créant lui-même sa propre plateforme et que de nombreuses legaltechs concurrentes seraient crées d’ici trois ans.

Blandine Jugé, chef de projets chez Rocket Lawyer Europe souligne que "la volonté du groupe et des dirigeants était d’avoir cette agilité propre à la start-up et de mettre Rocket Lawyer France dans des conditions permettant de prendre des décisions rapidement, avec une souplesse qui n’est pas toujours possible dans une entreprise très hiérarchisée". L’équipe est composée d’anciens collaborateurs d’ELS, mais également de nouveaux entrants.

Le business model de Rocket Lawyer, ainsi que sa capacité, de par sa plateforme, d’une duplication très rapide sur plusieurs pays en Europe a séduit ELS. Blandine Jugé estime en effet que "l’enjeu des start-up est de réussir à se dupliquer localement rapidement, tout en garantissant une plateforme qui fonctionne".

Concernant le choix d’une plateforme américaine par ELS, Melik Boudemagh, rappelle qu’une plateforme d’intermédiation est beaucoup plus simple à mettre en place aux Etats-Unis où les avocats vendent leurs prestations de manière active. L’approche de la vente de la prestation juridique est différente et la culture des avocats est plus intégrante.

Des plateformes prenant également la forme d’applications de mises en relation avocats / clients

 

Avocat depuis une quinzaine d’années, spécialisé notamment dans les nouvelles technologies, Mathieu Davy est le fondateur de "Call A Lawyer". Il a créé la première application française de mise en relation avec un client, permettant d’obtenir rapidement un premier contact téléphonique avec un avocat spécialisé. Son offre d’appel "20 minutes, 20 euros" vise par exemple à permettre à ce qu’un salarié, convoqué le lendemain à un entretien disciplinaire, puisse bénéficier d’un premier conseil de qualité instantanément. L’apporteur d’affaires garde trois euros sur les 20 euros payés par le client.

Mathieu Davy estime que son offre permet d’offrir un service public du conseil au particulier, à des gens n’ayant pas d’avocat, pas les moyens ou qui sont dissuadés d’y faire appel. Il précise que l’avocat n’est pas ubérisé et que le taux horaire est affiché. Il ne s’agit donc pas à ses yeux d’une offre low cost car le taux horaire est respecté. "La personne devient le client de l’avocat dans environ 25 % des cas".

Il précise qu’il est normal d’avoir ce prix d’appel qui constitue un filtre, parce que si c’était gratuit, il y aurait trop de demandes et il serait alors impossible de gérer le flux. A contrario, si l’offre était trop chère, cette mission de service public serait un échec. Par ailleurs, l’avocat est connecté en fonction de sa disponibilité.

Des professionnels du droit qui collaborent avec des Legaltechs

Sophie Clanchet est la présidente d’Eurojuris France, réseau pluri-professionnel, comprenant plus de 120 cabinets d’avocats et 52 études d’huissiers. Le réseau a conclu des partenariats avec deux start-ups du droit, lui permettant notamment d’avoir une démarche de co-construction en développant des outils interprofessionnels. Ces partenariats ont été initiés après avoir constaté que ces start-up répondaient à une demande à laquelle les cabinets d’avocats ne pouvaient pas répondre pour des raisons économiques. Elles recherchaient des avocats pour traiter la partie "conseil à plus-value".

La première start-up retenue pour un partenariat a été Legalstart, proposant des produits à destination des TPE/PME, notamment des statuts en ligne, des fiches de paie, c’est-à-dire des produits relativement courants. Legalstart recherchait un réseau d’avocats et d’huissiers pour traiter de la partie recouvrement, ainsi que de la partie conseil.

EuroJuris a, par ailleurs, décidé de s’associer avec la plateforme eJust, proposant de l’arbitrage privé en ligne. Il est chargé de fournir les arbitres et les huissiers rédigent les décisions.

 

Sophie Clanchet souligne que "ces partenariats ont été accueillis de manière positive à l’unanimité par tous les cabinets, en province et à Paris". Eurojuris est actuellement en discussion avec d’autres start-up pour continuer à apporter cette partie prestation de conseil recherchée par la plupart d’entre elles ne pouvant proposer que des produits standardisés aux clients.