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Dimanche 22 janvier 2017

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Les avocats passent à l'offensive sur le numérique

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digital3Le Conseil national des barreaux (CNB) a organisé les 2 et 3 juin 2016 les Etats généraux de la prospective, de l'innovation et du numérique aux salons de l'Aveyron. Le CNB a profité de l'occasion pour lancer le guide de l'avocat numérique et présenter sa plateforme de consultations juridiques.

Plus de 200 personnes étaient réunies aux salons de l'Aveyron à l'occasion des Etats généraux de la prospective, de l’innovation et du numérique les 2 et 3 juin 2016 pour penser à l'avenir de la profession d'avocats à l'aune de la transition numérique.

Avocats, professeurs de droit, juristes d'entreprises, prospectivistes ont échangé sur les enjeux de cette transition numérique pour la profession au travers de thèmes comme le big data, la cyber sécurité, l'intelligence artificielle et la blockchain.

L'âge d'or des avocats ?

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Ces dernières années ont vu l'apparition de legal tech telles que Captain Contrat (Rédaction de contrats par des avocats), Doctrine.fr (moteur de recherche juridique) ou Predictice (justice prédictive) qui ont présenté leurs solutions pendant ces deux jours.
Si elles ont pénétré le marché du droit, c'est avant tout parce que les avocats connaissent l'innovation, l'utilisent mais sans que cela modifie leurs modèles d'affaires. Frédéric Moréas et Philippe Charles, fondateurs d'AGN Avocats, qui ont bousculé les habitudes de la profession en créant le premier réseau d'agences d'avocats, plaident pour une approche plus offensive. Pour Philippe Charles, "la marque avocats est clivante. Il faut développer le réflexe avocats. Nous avons des outils formidables à disposition aujourd'hui. Et si ce n'est pas l'âge d'or des avocats ? "
Les fondateurs d'AGN Avocats invitent leurs confrères à réagir et à s'emparer de la technologie, et ce, malgré les contraintes déontologiques qui continuent à freiner leur expansion. Ils regrettent notamment de ne pas pouvoir faire appel à des capitaux extérieurs comme le font les legal start-up. 
Axelle Lemaire

C'est aussi l'avis d'Axelle Lemaire, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique. "Pourquoi ne pas permettre aux avocats de se faire financer comme des start-up ?" a-t-elle lancé devant Pascal Eydoux, Président du Conseil national des barreaux (CNB).  "Ne faut-il pas aller plus loin et adapter votre déontologie ? Le numérique n'est-il pas une occasion pour les avocats de se remettre en cause ?" s'est-elle demandée. 
Elle s'est également félicitée des différentes avancées de la profession en matière de numérique : "j'ai compris que les avocats étaient passés à l'offensive et je m'en réjouis."
Selon la Secrétaire d'Etat, "il n'y a pas de numérique sans confiance et je sais que je peux compter sur vous car vous êtes tiers de confiance"

 Adopter une vision commune 

"La technologie évolue et c’est irrémédiable" a fait remarquer le prospectiviste Philippe Cahen. Alors comment faire face à ROSS, Peter ou encore la blockchain dont certains prédisent qu'ils phagocyteront tous les intermédiaires y compris les avocats ?
Pour l'ancien Président du CNB, Thierry Wickers, il faut que la profession adopte une vision commune : "Prédire l'avenir en regardant le passé, c'est la tentation naturelle du juriste. Il faut désapprendre cette posture. La prospective c’est d’abord un outil de stratégie et les avocats ont besoin de cette stratégiePour parvenir à une vision commune, il faut de la prospective. Et pour aboutir à une véritable vision prospective, nous avons besoin d’une organisation car sans organisation collective, il n’y aura pas de vision prospective". Il estime qu'il faut également être conscient qu'une partie de l'activité va disparaître. Toutes les tâches répétitives sont automatisables. Elles vont donc pouvoir être traitées par des systèmes intelligents. Le professeur de droit, Bruno Dondero se veut rassurant et croit que la singularité de l'être humain va primer sur ces systèmes intelligents : "c'est bien d'automatiser mais il ne faut pas oublier la plus-value des juristes. L'avocat virtuel pourra faciliter la création d'une société mais il faudra encore longtemps un avocat pour décider quelle forme de société et dans quel état il est préférable de la constituer."

EGPIN2016 pascal eydouxLe web, territoire qui a besoin de droit et de la valeur des avocats

Pascal Eydoux pense que les avocats ont toute leur place sur internet et que le rôle du CNB est d'encourager les innovations des avocats : "Le web est un territoire qui a besoin de droit et de la valeur des avocats". "La déontologie est l'alliée de la révolution numérique" mais les avocats doivent être "audacieux et entreprenants". "Il appartient à chacun de nous d'accepter l'innovation."
Par ailleurs, "les avocats doivent s'approprier le big data, la blockchain ou l'intelligence artificielle" et "le CNB doit soutenir toutes les innovations des confrères avocats". "La révolution numérique est un levier pour développer l'activité des 65.000 avocats".

EGPIN2016 eydoux lemaireGuide de l'avocat numérique et plateforme de consultations juridiques

Avec sa plateforme de consultations juridiques, qui sera accessible depuis le nouveau site www.avocat.fr le 15 juin prochain et qui a été présentée vendredi 3 juin 2016, le CNB espère accompagner les 65.000 avocats sur le numérique. Cette plateforme est interfacée avec l’annuaire national de la profession géré par le CNB pour authentifier l’avocat référencé et est entièrement sécurisée tout en assurant la conformité des prestations rendues aux règles déontologiques.
Elle permettra aux avocats d’être contactés par un internaute qui pourra poser une question simple, demander un rendez-vous téléphonique ou au cabinet et demander une consultation juridique avec transmission des éléments d’un dossier. Les avocats pourront également y créer leur blog.

Enfin, le CNB et les éditions LexisNexis ont lancé le guide de l'avocat numérique que Pascal Eydoux a remis à Axelle Lemaire. Il présente les recommandations et bonnes pratiques de la profession en matière de numérique, avec une vision prospective et conforme à la déontologie. Il aborde également les nouveaux outils numériques de l’avocat ainsi que les nouvelles modalités et opportunités d’exercice nées de l’ère digitale comme "E-barreau, objets connectés, confidentialité des données, réseaux sociaux, communication électronique, noms de domaine, sites de tiers."

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Arnaud Dumourier (@adumourier)