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Jeudi 27 juillet 2017

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Une nouvelle Inde est née ?

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Stéphane Baller - Avocat - Ernst & YoungSelon une étude consacrée à l’attractivité de l’Inde(1), publiée le 25 janvier par le cabinet Ernst & Young, 68 % des dirigeants d'entreprises interrogés fin 2010 prévoient de maintenir, voire d’élargir leurs opérations sur le marché indien.

Par Stéphane Baller Associé, Ernst & Young Société d’Avocats, en charge de l’Indian Business Service network(*)  pour la France et le Luxembourg.

Nouvelle dimension, nouvelle perception ?

Les  investissements étrangers à la recherche d’un coût du travail administratif réduit se portent maintenant vers l’industrie. Si 31% d’entre eux sont encore réalisés dans le secteur informatique ;  l’automobile, les infrastructures ou encore les biens de consommation prennent actuellement le relais, avec une volonté gouvernementale affichée, de passer la part produits manufacturés dans le PIB de 16% à 25% dans 10 ans et qui s’explique entre autre par :

  • un PIB en croissance de 8,5% en 2010
  • une consommation privée représentant 60% du PIB contre 35% en Chine en 2009
  • une prévision d’augmentation de la demande intérieure de 9,2% l’an entre 2010 et 2030
  • un marché domestique de 1,2 milliard d’habitants dont plus d’un tiers issus de la classe moyenne
  • un marché des téléphones mobiles passé de 8% de la population couverte en 2005 à 59% en 2010
  • une consommation automobile de 4% du PIB sur un marché détenu actuellement à 70% par seulement deux constructeurs
  • un marché de la santé de 35 milliards US$ en 2007, 70 en 2012 et 145 en 2017 !

Le facteur démographique contribue aussi aux perspectives encourageantes: l’Inde affiche 25,9 ans d’âge moyen contre 28,9 au Brésil, 35,2 en Chine, 36,8 aux USA et 44,6 au Japon ! A moyen terme, ceci implique une forte différenciation avec la Chine : économie de la demande et population jeune, contre dépendance à l’export et enfant unique ?

Dans le domaine règlementaire l’Inde se dirige vers les règles comptables IFRS pour 2014 et souhaite promouvoir un environnement performant :

  • « Direct Tax Code » à imposition modérée  gérée par une administration performante, contrairement à l’imposition élevée et les niches fiscales actuelles
  • « General Service Tax » en 2012 pour unifier les régimes de fiscalité indirecte actuellement différents d’un état à l’autre
  • fiscalité encourageant la recherche et développement
  • protection de la propriété intellectuelle mieux appliquée
  • amélioration des conditions d’acquisition du foncier.

On soulignera ce dernier point très important dès lors que l’on constate que le nombre des « Special Economic Zone » recensées en 2008 représentait à peine plus de 50% des projets initiaux(2)  avec des surfaces moyennes obtenues inférieures de 50% !

Confiance aveugle dans l’avenir !

La crise de 2008 ? Les investissements directs n’ont reculé que de 19% contre 89% en Chine ! L’industrialisation progressive s’est traduite par une montée en puissance de l’investissement asiatique passant ainsi de 17% du total des investissements directs en 2003 à 23% en 2009 et une intensité de création d’emplois concomitante de 50% supérieure à la moyenne. Signe de confiance et malgré un recul des investisseurs historiques(3), 75% des investisseurs souhaitent renforcer leurs investissements mais la compétition est encore forte: en effet, 60% des responsables interrogés identifient la Chine comme principal concurrent devant les Etats Unis 17%, l’Allemagne et le Brésil 9% et la Corée 6%.

Ou confiance réaliste dès à présent ?

L’enjeu éducation du plus grand réservoir de population anglophone du monde doit maintenant combler le déficit de 250 millions de personnes sans formation et ce pour les 10 années à venir ! Actuellement, les  « Industry Training Institute » et autres « Industrial Training Centers » ne peuvent former que 1.1 million d’étudiants par an. La création de nouveaux campus est dès lors inéluctable.

La part du revenu agricole, 17% du PIB, supérieure d’un point à la production industrielle absorbe 56% de la population active et 40% des récoltes sont perdues faute de stockage. A quand la deuxième révolution verte pour distribuer et valoriser les denrées alimentaires ?

Quelles solutions à la pauvreté urbaine pour 379 millions d’urbains attendus en 2050 faute d’infrastructures de vie. Ces dernières, malgré un plan de 1 000 milliards de US$ dans les 5 ans à venir, restent insuffisantes pour absorber la mise en place de corridors reliant les villes nouvelles, la transformation de l’agriculture, les ventes de véhicules neufs, l’acheminement des produits fabriqués… L’industrialisation ne sera par conséquent possible qu’avec un effort particulier, y compris concernant le traitement de l’eau pour ne pas comme la Chine, être pénalisée par 60% d’eaux usées non retraitées.

Parallèlement les besoins en énergie devraient peser 13% du PIB contre 8% actuellement. Les énergies renouvelables - éolien à 70% aujourd’hui - devraient passer ainsi de 4% à 15% de la production en 2020 avec l’émergence de nouvelles technologies comme le solaire.

La corruption ou la faible gouvernance dans certains états, la complexité du régime fiscal partagé entre l’Etat Fédéral et les 29 Régions rendent difficile la vie des affaires, accroissent le coût administratif et le temps de création des structures juridiques.

Enfin, l’accès au marché est encore limité sur certains secteurs comme la distribution, l’assurance, l’énergie nucléaire ou le secteur bancaire encore public à 70%.

Mais surtout maintenant, incontournable Inde !

L’Inde pour certains pourrait devenir une plate-forme de production compétitive sur la zone Asie, ce qui suppose une amélioration du tarif douanier et une plus grande sécurité sur les prix de transfert.

D’autres prédisent dès 2020 une place de numéro 3 dans la hiérarchie des pays riches : leader global de l’éducation, de la recherche et développement, de l’innovation et des services et fabrications à valeur ajoutée.

Le sens de l’innovation frugale et du commerce des Indiens permettent d’anticiper ce mouvement général, reste à garantir l’évolution du système éducatif pour tous, dans les villes comme dans les campagnes, pour permettre à cette démocratie de réaliser son potentiel.

 

Stéphane Baller, Associé, Ernst & Young Société d’Avocats, en charge de l’Indian Business Service network  pour la France et le Luxembourg

 (*)L’une des équipes pluridisciplinaire construite pour accompagner les investissements cross border entre la France et l’Inde et dont les membres ont séjourné en Inde ou travaillent avec ce continent de manière significative pour une clientèle française ou indienne. Cette communauté géomarket est l’une des 7 autres communautés opérant en France.


Notes

 

(1) Reaching towards its true potential, Ernst & Young ‘s 2011 India Attractiveness Survey publiée le 25 janvier 2011, première étude consacrée à l’attractivité de l’Inde, propose une analyse des données quantitatives et qualitatives (réalisée auprès de 505 décideurs - à travers le monde dont 62% ont déjà des opérations en Inde) sur les investissements directs.

(2) 206 contre 400.

(3) Les investisseurs historiques américains porteurs en 2003  de 45% des projets, ne représentent plus que 30% en 2009.